Il est 23h06. Nous sommes un lundi. Le lundi 27 Novembre 2006. Je suis une fille. Née il y a déjà plus de 16 ans de cela, aux alentours de Cergy, à Pontoise. A ma naissance, mes parents, déjà soucieux de mon avenir, ont décidé de me nommer 'Clélia'. Oui, car voyez-vous, s'appeler Clélia, C-l-é-l-i-a, ça n'est pas facile tous les jours. Encore moins à l'âge de 5 ans, lorsque l'on vous demande d'épeler votre prénom. Ceci dit, j'y ai survécu.
Il est 00h00. Soit l'heure de ma neuroendocrinologie hebdomadaire. J'ai toujours 16 ans. Le soir, je suis ballottée entre la peur et la curiosité. Et la journée, je passe mes heures à me ballonner le ventre. Si j'agis ainsi, ça n'est pas que j'aime m'exorciser l'estomac. Non, le masochisme, ça n'est pas ma tablette de chocolat. C'est simplement que le specimen qui me sert de frère a decidé d'aller pondre sa vie dans cette 'no man's land'. Mais comme j'ai survécu un prémière fois au fait de m'appeler Clélia, je survivrai à ce fait aussi. J'ai vieilli. Et là encore, je vieilli. Je ne cesse de vieillir, et ce phénomène me rend quelque peu éraillée. La Terre n'a pas encore explosé. Les forces gravitationnelles existent toujours : je ne vole pas. J'ai récemment remarqué que j'avais 5 doigts sur chaque main et sur chaque pied. Sachant que j'ai deux mains et deux pieds, ça fait un total de 20 doigts, ce qui est on ne peut plus suffisant pour écrire. Mais pas encore pour combler les 88 touches du piano de Mamie. Je me lève le matin a 6h55 pour prendre un bus qui passe a 7h20. Le trajet du bus étant de 20 minutes, le bus arrive à 7h40 au lycée, soit 20 minutes trop tôt. Non en fait, c'est faux. Le bus arrive bien à cette heure là, mais c'est Maman qui m'enmène au lycée, en voiture =). Mais pour en revenir à nos moutons, donc au fait que j'ai 20 doigts, il faut savoir que ceux-ci me servent depuis 9 ans à jouer du violon, ou tout du moins à émettre des sons avec un archet. Ils me servent aussi - tous les 32 du mois - à nourrir mes 2 chats. Galipette, la maman, qui ne s'est toujours pas rendue à l'évidence que c'était au chien de sauter sur le chat, et non l'inverse. Et Maïtiqua, la fille, qui elle a très bien saisi son rôle de matou : courir après les abeilles. Quand je s'rais grande, je s'rais pêcheuse le Dimanche, jour de la Messe. Commerçante de Lundi, jour de fermeture des magasins. Boulangère le mardi, jour de fermeture de la boulangerie. Professeur chez les primaires le Mercredi. Chasseuse d'images de tête le Jeudi. Photographe le Vendredi. Et Juive le Samedi. Mais pour le moment, malgré la vieillesse qui ne cesse de m'accabler, j'ai 16 ans, et mon unique préoccupation étant d'apprendre les quelques 200 000 milles mots du dictionnaire par coeur (mais surtout par envie), je préfère me couper de toute vie sociale, quelque soit le jour de la semaine. Nous sommes Mardi, et aujourd'hui, le lapin en peluche que mon frère David, 18 ans - batteur incontesté - m'a donné à la naissance a lui aussi plus de 18 ans, mais n'a plus d'oreilles. Ceci dit, il s'appelle Panpan, ce qui fait tout de même de lui un héros. Petite je mangeais les graviers sur le chemin de la médiathèque, et aujourd'hui, j'aime le bruit des paquets de mouchoirs. Je suis très balaise pour ce qui est de parler pour ne rien dire et j'aime pas les gens qui disent "zaricots" au lieu de "haricots".